Rucher Concentré

SYNAPIC : L’apiculture comme moteur de gestion durable du territoire

Des abeilles au service de la nature et des hommes

Autour de la Réserve de Biosphère de Luki, ULB-Coopération vient en appui aux membres de 6 associations regroupées au sein du COAPMA (Collectif des apiculteurs du Mayombe). Dans un contexte de forte pression sur les ressources naturelles, l’apiculture représente une opportunité de diversifier les revenus agricoles, tout en encourageant une gestion intégrée et durable des terres et des ressources forestières.

Travail Collectif Au Sein D'un Rucher

Contexte

La réserve de Luki couvre aujourd’hui 33.000 hectares et constitue la relique la plus méridionale du massif forestier du Mayombe – ancienne forêt équatoriale s’étendant du Gabon à la RDC.

L’histoire mouvementée de cette zone protégée démarre à l’époque coloniale avec un objectif d’exploitation des bois précieux tel que le Limba (Terminalia superba), passe par l’avènement et l’effondrement des plantations de cultures destinées à l’exportation (café, cacao, bananes), jusqu’à aboutir en 1976 à son statut actuel de Réserve de Biosphère de l’UNESCO, aujourd’hui cogérée par l’INERA (institut de recherche agronomique congolais) et le MAB (Man & Biosphere).

Ces étapes successives ont provoqué des mouvements de population importants – depuis le déplacement de villages entiers pour créer la réserve, jusqu’aux différents mouvements migratoires qui prennent encore place aujourd’hui. La croissance démographique observée s’inscrit dans un contexte foncier déjà complexe, où la notion de propriété au sens du droit « moderne » se superpose au droit coutumier encore fortement en vigueur – et débouche à l’heure actuelle sur une situation de très forte pression sur les terres.

L’agriculture pratiquée autour de la zone se fait majoritairement en système AIB (agriculture itinérante sur brulis), avec une prépondérance de cultures vivrières, dont la plus représentative est le manioc en associations diverses. Pour beaucoup de paysans allochtones « non ayant droit », cultiver le manioc sur un cycle de 2 années en moyenne, avant de délaisser la parcelle, est la seule possibilité étant donné la précarité de leur accès foncier. La plantation d’espèces pérennes leur est en effet souvent inaccessible en tant que locataire, par peur que cela ne débouche sur un accaparement de la terre.

Avec l’évolution démographique, ces systèmes de cultures en itinérance voient leurs périodes de jachère raccourcir dramatiquement – limitant les possibilités de régénération et aboutissant dans les cas les plus extrêmes à un phénomène de « savanisation ». Cette perte de sols propres à la culture accentue à son tour la pression foncière déjà existante, et pousse alors les plus vulnérables à se tourner vers la forêt pour y pratiquer des activités de collecte et de chasse, mais surtout de carbonisation pour la production du « makala » (charbon de bois), dont la demande ne cesse de croître avec le développement de pôles urbains.

 

Objectifs

Les objectifs de notre projet SYNAPIC s’inscrivent dans notre compréhension de la « gestion intégrée des territoires et des ressources ».

L’hypothèse qui le sous-tend est que les activités apicoles ont le potentiel de :

  • Jouer un rôle dans la diversification des revenus des populations riveraines de la zone, et éventuellement de constituer une alternative à des activités de collectes peu durables, particulièrement auprès des producteurs les plus précaires foncièrement ; et de
  • S’intégrer au sein des systèmes agricoles et de gestion des terres, afin d’y encourager une stabilisation de l’agriculture et de la durée des jachères, une pérennisation des mises en défens, et des reboisements durables – un environnement mellifère riche et diversifié étant l’un des garants d’une bonne productivité.

L’enjeu majeur, afin que les actions d’appui à l’apiculture portent leurs fruits et que ce potentiel d’impact sur les territoires se concrétise, est d’y intégrer du mieux possible les différents profils d’agriculteurs qui cohabitent autour de la réserve (et se différencient notamment par leur accès à la terre ou au capital permettant l’investissement – deux facteurs de production majeurs).

En effet, sans accès sécurisé à la terre, ni possibilité d’y planter des essences mellifères, certains apiculteurs en devenir pourraient se décourager, laissant alors cette activité aux seuls ayant droits privilégiés – ce qui renforcerait encore les inégalités. De la même façon, si l’apiculture ne devient que l’apanage des grands ayant droits possédant une réserve foncière étendue (terres « marginales »), l’impact des ruchers sur les agroécosystèmes s’en trouvera plus limité que si l’on parvient à les intégrer pleinement aux systèmes agricoles en place.

Le projet vise donc avant tout à coconstruire, avec les différents producteurs et garants de la gestion foncière, des modèles d’intégration de l’apiculture au sein des différents systèmes de production et une définition équitable de leurs modalités d’accès et d’exploitation.

Actions et impacts attendus

Les actions du projet SYNAPIC s’articulent autour de trois axes :

  • L’appui à la sécurisation foncière de ruchers concentrés et à l’amélioration de leur environnement mellifère : ces ruchers constituent des espaces partagés de production avec une mutualisation de matériel apicole (vareuses, gants, etc.), mais au sein desquels chaque apiculteur est responsable de ses propres ruches individuelles. La plupart de ces ruchers sont sécurisés pour 10 ou 15 ans au sein de jachères, de reboisements d’acacia, ou encore de bananeraies et de vergers. L’hébergeur perçoit des droits de fermage équivalent à 10% de la production de chaque apiculteur accueilli, et bénéficie en outre d’une valorisation de son terrain (reboisements, régénération des sols, services de pollinisation) – ce qui contribue à la pérennisation de ces initiatives. Des pépinières se sont développées au sein de chaque rucher. Il existe à ce jour 22 ruchers de ce type, mais cette initiative est en plein essor étant donné la forte demande qui résulte de leur bon fonctionnement.
  • L’appui au développement du Jardin Botanique Mellifère de Luki en collaboration avec l’INERA qui vise à y conserver, étudier et valoriser les essences mellifères locales. Ce lieu sert aussi de pépinière centrale pour alimenter en plantules les pépinières des ruchers concentrés. Des formateurs de l’INERA accompagnent aussi les apiculteur·trices dans la gestion de ces pépinières, pour qu’ils et elles puissent reboiser les environnements directs de leur communauté avec des plantes mellifères.
  • L’accompagnement technique et la formation continue : 3 animateurs apicoles sillonnent les ruchers collectifs et les mielleries afin d’y appuyer le suivi des activités en fonction du calendrier apicole, et d’y dispenser des formations pratiques et actives, in situ, en fonction des questions et problématiques qui surgissent parmi les membres des associations. Par ailleurs, des ateliers et visites d’échange complètent cet accompagnement, et permettent un partage des bonnes pratiques entre praticiens (lutte contre les ravageurs, multiplication des essaims, etc.). Enfin, des formations pratiques de botanique (reconnaissance des essences mellifères, techniques de bouturage, entretien des pépinières…) sont également dispensées au sein de la station de recherche de l’INERA, avec lequel nous développons des synergies – notamment la mise en place d’un jardin botanique mellifère.
  • L’appui matériel et logistique aux associations du COAPMA : un appui au COAPMA pour la constitution d’un fonds de roulement réservé à l’acquisition de ruches et ruchettes a démarré en 2017 avec une dotation de 180 ruches et 100 ruchettes. Ces ruches ont été distribuées aux membres qui s’attachent actuellement à les rembourser par tranche annuelle, afin de constituer l’épargne qui leur permettra d’accroitre leur cheptel. Par ailleurs, des « kits de matériel apicole » sont mutualisés au sein de chacun des ruchers. Enfin, un appui à la construction et l’équipement de « mini-mielleries auto-gérées » au sein de chacune des 6 associations a permis d’améliorer les capacités d’extraction et de stockage des produits apicoles, afin d’en accroitre la qualité et l’hygiène. À ce jour, le projet SYNAPIC appuie la commercialisation en vendant la moitié du miel produit par les apiculteurs sur Miel Mayombedes marchés urbains, ce qui leur permet de percevoir un revenu immédiat après la récolte et de ne pas brader l’autre moitié de la production qui sera vendue sur les marchés locaux. Par ailleurs, les apiculteurs bénéficient également d’un accès aux boutures et semences via le jardin botanique mellifère en synergie avec l’INERA, dont l’un des objectifs est d’alimenter les pépinières.

En plus de ces activités opérationnelles, un travail continu de recherche et de capitalisation se développe, dans l’optique de contribuer à l’identification collective des modalités d’intégration de l’apiculture au sein des systèmes de production, et d’en évaluer les impacts actuels et potentiels sur les territoires.

Ces activités comprennent notamment le lancement d’une large étude agraire et foncière, en collaboration avec ERAIFT et le WWF-RDC, dont la première étape s’est déroulée via une formation-action au diagnostic agraire en 2019, et qui a ensuite débouché sur plusieurs autres études.

 

Schéma d’apiculture paysanne

 

Apiculture paysanne schema

 

Équipe et partenaires opérationnels

Le projet SYNAPIC est mis en œuvre par les équipes d’ULB-Coopération. Basée à l’antenne de Kinzau Mvuete, aux abords de la réserve de biosphère de Luki, une équipe de 4 apiculteurs chevronnés – appuyée par les chargés de projet basés à Mbanza Ngungu – se charge de l’accompagnement technique des ruchers, de l’organisation de formations, de l’appui à la commercialisation ou encore de l’enrichissement en essences mellifères et l’entretien des pépinières.

Cet appui aux apiculteurs se fait à travers une collaboration avec le COAPMA et ses 6 associations apicoles qui entourent la réserve.

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Des synergies ont été développées avec des acteurs très présents dans la zone :

  • avec l’INERA (Institut National pour l’Etude et la Recherche Agronomique) : synergie pour la mise en œuvre du Jardin Botanique Mellifère de Luki, et aussi des échanges d’appui technique (appui des « apiculteurs-pépiniéristes » sur des méthodes de multiplication végétatives en échange de l’appui d’employés de l’INERA à la tenue d’un rucher). 20 ruches ont été dotées à la station de recherche de l’INERA dans le but de faire découvrir cette activité qui pourrait s’insérer au sein de la zone de transition de la réserve et des mises en défens.
  • avec l’ERAIFT (Ecole Régionale Postuniversitaire d’Aménagement et de Gestion intégrés des Forêts et Territoires tropicaux) et le WWF-RDC : sur le lancement d’études foncières et agraires communes autour de la Réserve de Biosphère de Luki, avec comme objectif de s’appuyer sur une compréhension commune du contexte territorial et de ses enjeux, et d’optimiser les interactions entre nos projets et actions. Par ailleurs, un accord-cadre plus large avec l’ERAIFT vise à accueillir des stagiaires et mémorants sur nos projets et de mener encore d’autres identifications communes.

Partenaire financier 

Coopération belge (DGD) 

Budget

1.175.291 

2 posters pour comprendre en un coup d’œil ?

L’apiculture

Les liens entre apiculture et agroforesterie

Envie de lire nos études ?

Voici  5 études qui ont été menées depuis 2018 et qui nous ont permis d’approfondir la compréhension de la zone, et de (ré-)évaluer la pertinence des interventions d’ULB-Coopération et de ses partenaires :

  1. En 2018, le mémoire de Dorian Dejace : un mémoire d’agronome pur et dur qui aborde la technique de la Régénération naturelle assistée comme outil de reboisement ;
  2. En 2019, La formation-action au diagnostic agraire : un travail collectif qui a permis de mieux cerner les enjeux liés au foncier, mais aussi de recadrer la pertinence de certaines interventions menées avec nos partenaires ;
  3. En 2020, la suite du diagnostic agraire menée par deux consultants : en vue de valider les hypothèses faites dans le premier diagnostic, notamment en augmentant le nombre de villages étudiés ;
  4. Toujours en 2020 une Mission Jeunes Experts menée par 10 étudiants de l’ISTOM : sur les modalités d’intégration de l’apiculture au sein des systèmes de production ;
  5. Et enfin en 2021, le mémoire de notre collègue Jeancy Diyazola : en vue de comprendre la trajectoire des Ruchers Concentrés pour nous permettre d’identifier les déterminants de leur intégration dans les systèmes d’activités.

 

 

 

En quelques images

Nos témoignages