L'ingénieur biomédical, un homme clé, tournevis et sourire inclus !

Comme chaque jour, salopette bleue, tournevis et pince coupante en poche, Evariste Buyana, l’ingénieur biomédical, se presse dans les couloirs de l’hôpital provincial de Goma.  

Après une récente formation à Bukavu où il a appris la maintenance des concentrateurs d’oxygène, il s’est attaqué à leur remise en état. Il y en a 15 dans l’hôpital ; cinq modèles différents apportés par les différentes coopérations…  Avant cette formation, deux seulement étaient encore fonctionnels. Depuis, il en a réparé six mais avant de pouvoir les remettre en service, il a dû attendre Nicolas Bellegou, le responsable du service d’ingénierie biomédical d’Erasme, arrivé avec une mission d’Erasme Coopération.  Il fallait vérifier si la concentration d’oxygène était adéquate et pour cela, Evariste a eu besoin du testeur d’oxygène, transporté dans les valises de Nicolas.

Nicolas est venu pour 10 jours à l’hôpital provincial de Goma.  Son objectif est de mieux comprendre la problématique des équipements biomédicaux dans l’hôpital afin de mettre en place un plan d’action avec Evariste. Ensemble, ils ont fait l’inventaire de tout le matériel biomédical présent à l’hôpital. La liste des appareils à tester est longue. Comme beaucoup d’autres structures en Afrique, l’hôpital reçoit depuis des années des dons, pas toujours en réponse à un besoin réel, parfois sans mode d’emploi ou écrit en chinois, avec « juste une petite panne » ou alors sans consommables disponibles…  Certains estiment que seulement 10 à 30 % des équipements reçus par les hôpitaux du Sud sont opérationnels ! En 2000, consciente de ce problème, l’OMS avait rappelé qu’un appareil inacceptable dans un pays donateur ne devient pas acceptable parce qu’il prend la forme d’un don.

L’arrivée de Nicolas est une grande opportunité pour Evariste. D’habitude, il travaille seul.  En grande partie autodidacte, c’est aidé de ses rares outils qu’il doit faire face à la grande disparité du matériel et au manque de pièces de rechange. Ensemble, ils ont établi une fiche de maintenance pour chaque appareil utile. Ces fiches sont en cours d’encodage dans une base de données qui devrait ensuite grandement simplifier le travail quotidien.

Trop souvent les problèmes liés au calibrage et à la maintenance du matériel biomédical sont ignorés. Pourtant, mal calibrés ou mal utilisés, ces équipements constituent un obstacle majeur à l’administration de soins de qualité. Il est indispensable que chaque hôpital puisse bénéficier de l’appui d’un technicien ou d’un ingénieur biomédical compétent pour développer et mettre en œuvre une stratégie de maintenance préventive et curative. Malheureusement, trop souvent, ces derniers ne bénéficient ni de la formation ni des ressources nécessaires. Les structures n’ont pas encore le réflexe de mutualisation (partage de ressources humaines, d’équipement) pourtant possible. Il est souvent plus facile pour certains, plus rentables pour d’autres, d’acheter du nouveau matériel. 

Avec l’aide de la Cellule de Coopération de l’École polytechnique de l’ULB (CODEPO), d’Erasme Coopération, d’AEDES et de l’Institut supérieur d’informatique et de gestion (ISIG), ULB-Coopération s’est fixé un nouvel objectif: celui d’assurer la mise en place d’une cellule de maintenance biomédicale provinciale, au service de tous les hôpitaux de la province.  Evariste en sera un pilier, car comme le dit Nicolas, médusé par la dextérité de son collègue congolais: « ce gars est balaise, avec une bonne formation et un bon équipement de base, il ferait un malheur.  S’il vient en Belgique, je l’engage ! »

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